Écoumène : LIA GIRAUD
ÉCOUMÈNE
Série Algaegraphique grand format, 2018-?

La série « Ecoumène », initiée en 2018 et dont le Centre Georges Pompidou a exposé la première image, est issue d’un procédé mis au point en 2010 par Lia Giraud, en collaboration avec le biologiste Claude Yéprémian, au Muséum National d’Histoire Naturelle : l’« Algaegraphie ». Il consiste à produire des images vivantes, à partir d’une gélose composée de micro-organismes photosensibles. Ce sont des cultures algales qui, fixées à un milieu chimique spécifique, s’alimentent durablement, s’agglutinent et créent des aplats de matière vivante à la surface du support vitré exposé.
À l’instar de la plaque photographique, l’image « prend vie » à la lumière - les zones denses correspondant aux « noirs » - mais ne s’immortalise pas. Douées de vie, les « algaegraphies » sont fugitives, autonomes et organiques.
C’est précisément cet état transitoire, de tension, d’ambiguïté, de paradoxe, entre l’apparition d’une image, son évolution, et sa disparition qui est au coeur de la démarche de l’artiste– nous rappelant par la même occasion, la temporalité éphémère des interfaces tactiles. Lia Giraud fait symboliquement référence aux espaces interdisant l’occupation permanente, inspirée par la notion d’« écoumène » qui désigne pour les géographes l’ensemble des espaces terrestres habités par l’humanité. L’écoumène représenté ici est celui du philosophe Victor Petit qui explique parler selon son milieu qui le fait parler : « Je suis une part de toutes les rues qui me traversent ».

Extrait du catalogue d’exposition La fabrique du vivant , sous la direction de Marie-
Ange Brayer et Olivier Zeitoun, éditions XYX/Centre Pompidou, 2019.