Dollaralia project : LIA GIRAUD

DOLLORALIA PROJECT
Installation Performance
Galerie du Cedex, Montréal, 2009.


Le 13 novembre 2009, le « Dollaralia project » proposait durant le temps d’un encan (vente aux enchères) la possibilité aux spectateurs présents d’acquérir un objet d’art, mis à prix à un dollar. Ces « coquilles » en cire d’objets désévaluées, vendus par Dollarama (magasins à prix unique), n’ont aucune utilité, il sont juste la forme, l’enveloppe maladroite et fragile qui se place au delà de l’objet réel.

En demandant au spectateur d’évaluer leur valeur, d’offrir à ces « sous-objets » une cote, j’ai voulu étudier le processus de spéculation qui entoure chaque objet et particulièrement l’objet d’art. Au delà d’une valeur réelle de l’objet donné par le prix fixé des matériaux, le temps de travail, l'utilité, la cotation est en réalité le sens unique que prend l’objet pour chaque individu. Ce sens primaire n’est valable pour l’homme que si il est partagé: il s’intègre alors dans un second système d’ordre social, comparatif et codifié qui est aux coeur du jeu spéculatif.


Comment rendre compte d’une expérience performative passée sans en perdre le sens ?

Dans sa réexposition, l’action a perdu sa légitimité, remplacée par des reliques post-performatives : le phénomène de spéculation interrogé lors du « Dolloralia project » ne peut plus exister dans le cadre d’une exposition. Le lieu détermine par nature une certaine valeur « artistique » à l’objet exposé. Ces objets ont cependant le pouvoir de retranscrire l’idée de la performance en étant offert comme données informative pure. Scannés ou photographiés, ils sont transposés dans le champs du virtuel où ils pourrons à nouveau être considérés à valeur égale, comme documents.

Rassemblées sous la forme d’une interface interactive (écran tactile), ces images permettent au spectateur de définir un nouveau cheminement spéculatif et d’en alimenter le contenu. S’instaure ainsi un système d’évaluation subjective n’ayant plus une valeur marchande mais critique.
En résonance du Dollaralia project, cette proposition poursuit l’idée de vote, d’interaction, sous une forme nouvelle, adaptée à son évolution. Elle marque aussi le caractère rétro-actif du phénomène spéculatif?: Amplifiée arbitrairement, cette surévaluation atteint finalement un état limite provoquant sa régulation, voire sa disparition...